Les voyages forment la jeunesse et mettent les autres HS :
Levés à 4h, c’est bien bouffis que nous montons dans le taxi que Choubi est allé attendre au bout de la servitude. On a appelé le Chinois qui m’avait gentiment rendu mes cigarettes à notre retour
de France et dont on avait gardé le numéro mais qui ne parle que très approximativement le français, d’où le RV au bord de la route. On enregistre nos bagages dans les premiers, tout est fluide,
on prend notre petit déjeuner puis on traîne au duty free de Faaa. Choubi est rayonnant : très peu de familles voyagent le 24 décembre, ce qui veut dire qu’il n’y aura guère d’enfants dans
l’avion ! Moi je suis plus feutrée, j’aurais préféré un réveillon à Tahiti avec les amis… Tant pis. Ce sera l’Australie et les Aussies contre lesquels Manu et Fred nous ont mis en garde. Manu
nous en a dit le plus grand mal, illustrant ses propos de nombreux noms d’oiseaux hauts en couleur (« des gros porcs ! » « des cons ! », « des sauvages ! »), et nous avons été surpris de
constater quelques jours plus tard que Fred tenait à peu près le même discours (« des bouseux »). Nous allons pouvoir constater par nous-mêmes.
L’évasan :
Notre départ est retardé par une évasan qui tourne mal. Une femme d’une cinquantaine d’année qui a fait un accident vasculaire est amenée en ambulance et la civière est hissée jusqu’à l’avion où
un lit est aménagé pour elle, à l’arrière, parmi les autres passagers, non loin de nous. Elle est reliée à divers tubes et appareils électroniques et une équipe s’empresse autour d’elle. On finit
par nous annoncer qu’elle va devoir être débarquée. Je vois les médecins lui faire un massage cardiaque, apparemment en vain. La civière reprend finalement le chemin par lequel elle était
venue.
Après 5h30 de vol, on fait escale à Auckland et on se remémore notre voyage d’il y a deux ans : « Tu te souviens ? Il faisait un temps pourri, t’étais déprimée et on voulait reprendre l’avion
pour Papeete ! » Cette année le soleil est au rendez-vous, du moins durant le court laps de temps où nous restons en territoire néo-zélandais. On admire l’aéroport et ses nombreux duty free, puis
on repart pour 2h30 de vol.
Le réveillon de Noël :
C’est donc chez Qantas que nous réveillonnons : deux malheureux plateaux repas, la loose totale. Choubi ricane parce que les hôtesses ont des serre-têtes décorés de flocons scintillants qui
s’agitent à chacun de leurs mouvements, et moi je gronchonne parce qu’il n’y a même pas de dessert. Finalement, on nous apporte des esquimaux, ça ne vaut pas une vraie bûche et le goût du foie
gras absent me démange les papilles, mais comme dirait Choub, c’est pas la fin du monde. D’ailleurs, les places libres sont nombreuses, et j’ai la chance d’avoir deux sièges pour moi toute
seule.
Arrivés à Sydney, nous traversons de nouveau un duty free, un grand magasin presque désert où nous errons en tous sens, les yeux comme des ampoules clignotantes sur une guirlande de noël. La
carte visa n’en finit pas de crépiter, ça faisait quand même six mois qu’on n’avait pas vus autant de produits à acheter ! On traîne tellement que nos bagages nous attendent orphelins à côté du
tapis, entourés par trois agents de sécurité. On découvrira d’ailleurs par la suite que la valise de Choub a été ouverte, son cadenas forcé, heureusement qu’elle n’a pas été détruite ! On sort de
l’aéroport fantôme, pas de bousculade pour les taxis.
Notre hôtel est idéalement placé, en plein centre, près de Martin Place. Choubi est un peu grouboudou en découvrant qu’on ne peut pas ouvrir la fenêtre et qu’il n’y a pas de balcon, mais des
publicités « What to do after dark » lui redonnent vite le sourire : quelques pages sont consacrées aux restaurants et bars, tout le reste vante les mérites d’asiatics angels qui semblent âgées
de quinze ans à peine et promettent les nuits les plus torrides. On prend un petit apéro dans l’aquarium réservé aux fumeurs, à côté de machines à sous dont les musiques ont un étrange air de
train fantôme. Bien qu’il n’y ait que trois heures de décalage horaire avec Tahiti, nous sommes décalqués par le voyage, et Morphée nous emporte rapidement dans ses tentacules moelleuses. Pas de
promenades sulfureuses en vue, les Lolitas aux yeux bridés peuvent remettre leurs petites culottes…
Sydney, expensive town :
Quand les Chais, un couple d’amis rencontrés à Tahiti il y a deux ans, sont repartis à La Réunion au bout d’un an, nous nous sommes donné rendez-vous à Sydney le 31 décembre
2011. On devait donc fêter le réveillon ensemble dans la ville au fameux feu d’artifice, mais lorsque j’ai cherché des hôtels en ville, les prix nous ont effarés : rien à moins de 700$ ! On a
donc convenu qu’on se verrait le 30, les tarifs étant plus abordables avant cette date fatidique. Finalement, on s’est vite aperçu que tout était cher : les hôtels, la nourriture, les
vêtements…
Le shopping :
On avait prévu de rapporter divers objets, or les prix nous ont vite fait déchanter. J’ai tenté en vain de faire un peu de shopping : non seulement le moindre article était hors de prix, mais en
plus tout était d’une laideur affligeante. Un remake de la Nouvelle-Zélande en quelque sorte. Les habitants ne nous ont pas frappés comme là-bas par leur physique (pas d’écrevisses, de traits
affreux et de corps tordus), par contre, il est évident que nous n’avons pas le même sens de l’esthétique vestimentaire. Les coupes, les tissus et les alliances de couleurs sont vraiment
terribles ! Le 26 décembre est aussi un jour férié en Australie : le Boxing day (et non « punching day » comme j’ai dit par erreur à Choub). Evidemment, on l’a découvert en temps réel… C’est
aussi la date d’ouverture des soldes, et les magasins incitent comme ils peuvent à l’achat compulsif : « Buy now or cry later ». Moi c’est tout de suite que j’ai envie de pleurer : même avec 50%,
la moindre robe est encore plus chère qu’à Tahiti, et affreuse en plus ! Je suis quand même très têtue, et ce n’est que le troisième jour, après des heures de fouilles désespérées dans les rayons
de chaque boutique, lorsque j’ai enfin trouvé une robe « mettable » mais sans rien d’exceptionnel à 220$ (soit environ 22.000 XPF), que j’ai définitivement abdiqué. Pendant que j’arpentais Pitt
Street, Georges Street et tous leurs réseaux de galeries marchandes, Choubi m’attendait en jouant avec son I-pad connecté aux réseaux gratuits. Ah cet I-pad, j’ai beau faire quelques petites
crises de jalousie de temps en temps, quelle invention salvatrice !
Les food courts :
Dans ces grandes galeries commerciales se trouvaient aussi des « fodd courts », comme on en a vus à Hawaï : au même étage sont rassemblés tous les restaurants imaginables (du grill à l’asiatique
en passant par les yahourts), pratique, apétissant mais terriblement bruyant. Il faut commander au comptoir puis attendre qu’un serveur vous appelle pour aller chercher le plat. L’un des
restaurants nous a donné un petit gadget qui s’allume quand la commande est prête. Plus pratique qu’au café d’à côté où les serveuses appelaient les clients par leur nom : avec l’accent,
impossible de déceler les nôtres !
La connasse :
Une petite mésaventure dans les toilettes d’une galerie commerciale a bien failli me faire confirmer les dires de Fred et Manu au sujet des Australiens. Je faisais la queue derrière une
Australienne revêche, une asiatique sort, je laisse l’Australienne se diriger vers le WC libéré. L’asiatique explique que la chasse-d’eau fonctionne mal, si bien que l’Australienne ne trouve rien
de mieux à faire que de me bousculer pour se précipiter dans le deuxième WC qui s’est libéré entre temps et où je m’apprêtais à entrer ! Elle me jette, méprisante : « There’s a queue girl ! » Je
suis profondément pacifiste, mais là, franchement, j’ai dû lutter pour ne pas lui mettre mon poing dans la figure !
Finalement, je me suis quand même acheté une paire de sandales pour marcher (pour la modique somme de 13.000XPF !), une jupe longue, et surtout, nous avons trouvé des Tilleys, ces fameux chapeaux
canadiens à propos desquels Choub ne tarit pas d’éloge. Désormais, j’en ai un aussi, les deux Choubis sont équipés pour l’aventure ! A 150$ le chapeau on n’a pas fait d’affaire, mais depuis le
temps qu’on en cherchait… Celui que Choub arbhorait depuis quelques années avait vilaine mine après avoir subi les affronts des bananiers dont la sève est au moins aussi toxique que le sang de
l’hydre de Lerne, sans parler des auréoles de transpiration tropicale.
Sydney en long, en large et en travers !
Nous avons passé six jours à Sydney, plusieurs personnes nous ayant vanté les mérites de cette ville, mais tout compte fait, quatre jours auraient suffi. De plus en plus
sauvages, nous sommes vite fatigués par les ambiances citadines. Pourtant, il faut reconnaître que Sydney est plutôt agréable : elle n’est pas surpeuplée, sa taille modeste permet de la sillonner
à pied, et son emplacement en bord de mer est très agréable. A l’exception d’un immense sapin de Noël à Martin Place, il n’y avait pratiquement aucune décoration, aucune guirlande lumineuse
(encore un point commun avec la Nouvelle-Zélande).
L’opéra :
Nous avons commencé par aller voir le fameux opéra. Nous aurions aimé y écouter un concert de musique classique mais je n’ai rien trouvé d’intéressant. Nous nous sommes donc contentés d’admirer
l’architecture extérieure. Comme on regardait le port, nous nous sommes étonnés du grand nombre de bateaux qui allaient et venaient. Le soir, en regardant les infos, nous avons compris : le
départ de la Sydney-Hobart qui devait avoir lieu la veille avait été reculé d’une journée en raison des mauvaises conditions météo et nous l’avons manqué de peu, au grand dam de Choubi. A
Circular Quay, des artistes de rues font des spectacles, et nous en avons vu un avaler un ballon en forme de saucisse immense, ce qui nous a laissés fort perplexes. La théorie de Choubi est que
le ballon est comestible et se dissout. N’empêche, il faut bien l’ingurgiter, gonflé d’air !
Harbour Bridge :
Nous avons bien sûr arpenté le célèbre Harbour Bridge duquel il est vrai que la vue sur Sydney est grandiose. Nous avons d’abord cru qu’il fallait payer pour le visiter, et Choub s’est énervé : «
Attends, je vais pas faire le Schtroumpf sur leur foutu pont ! ça va pas la tête ?! Non mais franchement, tu te vois toi dans une salopette bleue, accrochée par un câble ? faut arrêter l’délire !
» En fait, l’excursion « Schtroumpf » concernait les touristes ayant envie de grimper sur la structure métallique du pont. Petite anecdote : j’ai entendu aux infos qu’une femme avait jeté son
bébé du haut du pont ! Nous nous sommes promenés à pied puis nous avons découvert le quartier des Rocks, quelques petites rues pittoresques où Choub a pu savourer une Guiness.
Un matin, nous nous sommes levés de bonne heure et avons traversé Hyde Park où trône une belle cathédrale pour nous rendre à Oxford Street, le quartier gay. Malheureusement, l’heure était
vraiment mal choisie, c’est un quartier qui s’échauffe la nuit, comme le laissent imaginer les publicités des bars et boîtes de nuit (de l’homo au sado maso, il y en a pour tous les goûts).
D’ailleurs, les magasins ouvrent tard (10h) et ferment relativement tôt (17h).
Darling Harbour :
On a donc continué vers Darling Harbour, en passant par Market Place, un grand hall rempli de petits stands tenus par des Chinois. La qualité des articles est évidemment… chinoise. Apparemment la
mode est aux bottes en peau retournée et fourrées (en plein été, alors qu’il fait 22° !!!) : les vitrines des boutiques chic en exposent décorées de diams, les magasins à touristes vantent
les cuirs australiens, et les Chinois disparaissent entre leurs montagnes de boots mal coupés. La ville est d’ailleurs infestée d’asiatiques qui travaillent souvent dans les commerces, les hôtels
et la restauration. On a déjà du mal à comprendre les Australiens dont l’accent est particulier, mais les asiatiques australiens qui essayent de parler anglais, c’est de la science-fiction ! Les
jeunes asiatiques sont carrément hors concours en ce qui concerne les tenues vestimentaires : durant tout notre voyage, je n’ai cessé d’écarquiller des yeux ahuris devant ce qu’ils osaient
porter. A Darling Harbour, ou « Port chéri / porcherie » (jeu de mots du Choub-Choub !), nous avons mangé notre 1er Mac Do du voyage : on voulait commander des fishs and chips à côté, mais ils ne
servaient pas encore. On a donc mangé nos hamburgers sur un banc, devant une vaste étendue de pelouse où des chaises longues et des espèces de nattes sont laissées à disposition. Les Australiens
sont décidément très respectueux du matériel : pas de tags, pas de casse, tout est propre. C’est vraiment agréable ! On a fait un petit tour en monorail, pour le fun, mais manque de chance, il
s’est arrêté au bout de deux stations et on a dû descendre du wagon en raison d’un incident technique. On a repris le suivant, de moins en moins convaincus par l’engin : le circuit est très
réduit, il y a très peu de rames, on ne peut pas être plus de dix par wagons. Autrement dit, s’il est censé être utile, c’est loupé. Sans doute alors a-t-il une vocation touristique ? Certes,
mais alors pourquoi avoir peint les fenêtres ?! On ne voit rien des paysages ! On en a donc déduit que ce monorail était absurde.
King Cross :
Nous avons longtemps marché pour atteindre Potts Point, et quelle déception ! Rien à voir. On a donc regardé les tenues ridicules des passants en sirotant bière et coca, puis on a mangé. Toujours
cette agaçante commande au bar, très pratique quand on a déjà commandé des boissons et qu’il faut ressortir le portefeuille (carte cette fois ?). Même le verre d’eau, il faut aller le chercher et
le remplir ! Les Australiens ne connaissent pas le pain à table. J’ai donc eu la surprise de me voir apportée une salade sans pain. Et lorsque j’en ai demandé, la serveuse m’a dit que chaque
tranche me serait facturée 1$. Allons bon, soyons fous, j’en ai commandé 4. Lorsqu’elles sont enfin arrivées, j’avais mangé la moitié de ma salade, et comble de l’histoire, on nous a facturé 4
tranches alors qu’il n’y en avait que 3 ! Au bout de deux mésaventures de ce type, j’ai pris l’habitude de demander du pain quand je commandais une salade. On me regardait toujours de travers,
mais en général j’avais deux ou trois toasts.
Botanical Garden :
Nous sommes remontés de King Cross au Botanical Garden, un immense jardin très agréable qui surplombe la baie de Sydney. A l’entrée, une pancarte incite les promeneurs à
marcher sur l’herbe !!! C’était la veille du 31 et les préparatifs battaient leur plein : des techniciens installaient des armadas de toilettes publiques tandis que les futurs spectateurs
étudiaient le plan du jardin pour choisir le spot idéal. Certains s’installent le matin pour être sûrs d’avoir la meilleure place ! Comme nous avions bien marché (d’ailleurs, chaque jour nous
marchions beaucoup), nous nous sommes allongés dans l’herbe et Choubi n’a pas tardé à s’endormir tandis que d’étranges oiseaux au long bec passaient près de lui. Pendant qu’il ronflait
joyeusement, je traquais les cacatoès et les chauves-souris.
Patience, patience... la suite dès que possible !